« L’amour des hommes est un déchirement. Ils ne peuvent se retenir de quitter ce qu’ils préfèrent. » L’amour oui, mais lequel ? Celui qui nous échappe et qu’on s’épuise à ne pas rattraper ? Celui dont le manque étouffe une mère abandonnée autant qu’il hante son fils voulant lui revenir ? Ou l’amour à la force d’un couple aimant, celui de Maria et de Jan, quand sa sœur Martha en ignore l’enivrant vertige ? Oui l’amour, filial ou maternel, mais aussi l’abandon, la solitude et le ressentiment… Autant de sujets qu’Albert Camus confronte dans une pièce, « Le malentendu », présentée en 1944. Un théâtre de l’absurde pour chercher un sens à ce qui ne peut en avoir, sauf à vouloir poser des mots sur l’indicible, à expliquer l’incompréhensible. Une œuvre profonde par sa force dramatique. Par l’iniquité du quiproquo aussi, l’emportant sur le mythe du rejeton prodigue, qui convoque les thèmes chers au philosophe parmi lesquels l’union panthéiste du monde et de l’homme, que sa condition renvoie à ses utopies de bonheur. Et si le « Malentendu » n’était au fond que l’aspiration à une félicité hors de laquelle nous sommes inexorablement rejetés, nous laissant seuls, démunis et insatisfaits ?

Le Lavoir-Théâtre de Menton vous invite à y réfléchir, le 4 février à 20h30, grâce à la représentation donnée par la Compagnie Frivol’. Dans une mise en scène de Cyril Cotinaut, quatre acteurs incarnent cette famille maudite dont le fils Jan se prend du désir de revoir les siens autant qu’au jeu du non-dit. Il lui sera fatal. Née d’un fait divers, l’idée du « Malentendu » a germé comme l’envie chez Camus de livrer une tragédie moderne. Il y réussit assurément, et le Lavoir-Théâtre nous en donnera une nouvelle lecture, en écho à cette antienne du romancier qui nous interroge par-delà le temps : « Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre. »

« Le Malentendu », d’Albert Camus par la compagnie Frivol’ – Samedi 4 février à 20h30. Réservation : infos@lavoirtheatre.org ou par téléphone au 06 69 70 46 06.